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L'analogie en l'homme et la machine pensante

La course à la création de la vie version 2.0 est lancée

par Rebecca Morelle, reporter scientifique pour la BBC News

Et la rumeur veut que le premier à réussir l'exploit de construire une forme de vie en laboratoire soit le Dr Craig Venter et son équipe américaine, spécialisée en génomique. Les scientifique de la ‘J Craig Venter Institute' visent à réaliser un ‘génome minimal', un organisme composé du plus petit nombre de gènes nécessaires à sa survie et de l'insérer dans une cellule vide. Ce génome rudimentaire a été construit à l'aide d'une simple bactérie, la Mycoplasma genitalium, à laquelle les gènes ont été retirés un à un, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que le matériel génétique vital à sa survie.

Le Dr Venter pourrait être sur le point de pouvoir créer la vie. Le projet consiste à re-synthétiser les séquences d'ADN à partir de composants chimiques simples, de les mettre ensemble et de créer un organisme artificiel. Certains croient que cette équipe est sur le point de pouvoir réaliser cet exploit.

Les travaux du Dr Venter sur la vie artificielle sont décrit parfois sous l'épithète ‘top-down', ce qui signifie qu'il utilise un organisme qui est déjà vivant et qu'il le change pour créer quelque chose de nouveau.

Le Dr Drew Endy, de l'Institut de Technologie du Massachusetts, aux USA, disait : « Le Dr Venter ne crée pas la vie à partir de rien. Il construit un génome, qui n'est ni plus ni moins qu'une version modifiée d'un génome existant, et il le réinsère dans une cellule existante. »
Le Dr Endy travaille pour sa part avec des blocs de construction standards appelés BioBrick. Ces blocs peuvent être assemblés pour construire des systèmes biologiques plus complexes. Il disait voir les travaux du Dr Venter comme un ‘projet de construction génomique', bien que ce projet en soi un d'une « incroyable importance ».

Toutefois, la création de la vie à partir de zéro, une technologie nommée ‘bottom-up', constitue un défi que tentent de relever bons nombres de scientifiques dans le domaine de la biologie artificielle. Selon leur argumentation, si on peut construire les composantes biologiques, alors la très probable prochaine étape serait de créer quelque chose qui rencontre les critères de ce qu'on dit vivant qui possède donc un métabolisme, se reproduit et évolue.

Anthony Forster, du Vanderbilt University Medical Center, au Tennessee, disait: « Il y a eu bien des exposés théoriques sur la manière de synthétiser l'autoreproduction et la vie en éprouvette, mais personne n'avait véritablement de plan détaillé à proposer ».

Le Dr Foster, aidé du généticien George Church du Harvard Medical School, aux USA, a créé le ‘plan de base' d'une cellule synthétique, définissant ainsi les 151 gènes qu'ils croient nécessaires à la création de la vie. Cette équipe utilise présentement ce plan de base pour commencer à confectionner son prototype de cellule.


Mais, quelles sont les raisons qui nous emmènent à vouloir créer la vie artificielle?

Le Dr Venter souhaite modifier les gènes de son nouvel organisme pour le rendre capable de résorber les gaz à effet de serre. Ces organismes pourraient également remplir d'autres tâches, comme de nettoyer les déversements de pétrole ou pour produire des plastiques. Le chercheur italien, Giovanni Murtas, du Centre Enrico Fermi, de l'Université de Rome III, en Italie, projette de construire une nouvelle forme de vie pour se pencher sur la question plus fondamentale de l'origine de la vie. Il disait : « Nous créons ces cellules
minimales semi-synthétiques qui rappellent les premières cellules vivantes ».

Jusqu'à maintenant, son équipe a réussi à construire un système cellulaire qui peut synthétiser les protéines, un aspect important pour démontrer qu'un métabolisme de base peut être créé. La reproduction constitue la prochaine étape, selon ce qu'il expliquait.
« Si vous voulez élargir votre compréhension de l'organisation de la vie, vous souhaitez alors recréer les diverses étapes de la vie; et vous pouvez forcément apprendre quelque chose de nouveau en utilisant une telle approche », disait le Dr Murtas sur BBC News.

Quant à lui, le Dr Ron Weiss, de l'Université de Princeton, aux USA, se concentre sur la programmation d'organismes biologiques. Il pense que cette technologie peut aussi trouver des applications dans le domaine biomédical. Il disait : « Il y a une chose que les chercheurs essaient de réaliser, c'est d'utiliser la cellule comme une usine à fabriquer des médicaments ou des structures ».


Nouvelle prise de vue sur la vie

Les équipes travaillant sur le top-down et le bottom-up ont un point commun; elles copient ce que la nature fait déjà. Certains scientifiques sont donc retournés sur la planche à dessin dans leur quête à produire la vie artificiellement. Le physicien Steen Rasmussen des Laboratoires Nationaux de Los Alamos fait partie de ces derniers.

« Nous sommes les jeunes extrémistes du quartier. Nous avons laissé tomber bien des éléments de ce qui compose la biologie traditionnelle. Plusieurs biologistes nous voient comme des hérétiques », disait-il. Au lieu de ramener le design de la cellule à sa plus simple expression, le Dr Rasmussen cherche à voir s'il n'y a pas de structures plus simples qu'il pourrait utiliser pour servir de base à son organisme artificiel. Il travaille à créer une cellule dont les éléments essentiels, comme les gènes et les produits chimiques
métaboliques, seraient posés à la surface de la cellule plutôt que d'être contenues à l'intérieur, comme c'est le cas dans la cellule traditionnelle.
Il disait : « Ça signifie que vous pouvez traiter les ressources et les déchets directement dans l'environnement, ce qui simplifie énormément les choses ».

Les biologistes du domaine de la vie artificielle pensent que malgré que soit imminente la création de la vie par la technologie du top-down, la création de la vie artificielle par la technologie du bottom-up ne sera pas réalisée avant quelques années encore - au moins dix ans. George Atwell, de l'Université de Southampton ajoute cependant quelques mots de mise en garde.

« Le plus grand défi n'est pas tant de créer la vie, mais de savoir que vous avez créé la vie - de réaliser l'expérience qui vous montrera hors de tout doute que vous l'avez fait. »
« Ce que je veux dire, c'est que vous observerez une ‘soupe' qui contiendra des centaines, voire des milliers de composantes chimiques. Comment diable pourrez-vous dire que ce que vous avez devant les yeux n'est pas tout simplement une bouteille de déchets chimiques plutôt que quelque chose qui montre les signes de la vie? »
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