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L'analogie en l'homme et la machine pensante
Wed 10/12/2003
(Source : www.courrierinternational.com)

Ma mère a deux ADN

BIOLOGIE CELLULAIRE
Nous sommes tous des chimères notre organisme héberge toute sa vie des cellules
de notre mère, de nos grands-parents ou frères et soeurs aînés, recueillies pendant notre gestation.

NEW SCIENTIST
Londres

Margot Kruskall, médecin au Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston (Massachusetts), a été confrontée à un cas étrange il y a cinq ans. Sa patiente, que nous appellerons Jane, avait besoin d'une greffe de rein, si bien que les membres de sa famille - son mari et ses trois fils - ont subi des examens sanguins pour voir si l'un d'entre eux ferait un bon donneur. Mais, en
même temps que les résultats, Jane a reçu un vrai coup de matraque : la lettre lui annonçait que deux de ses trois fils n'étaient pas d'elle, alors même qu'elle les avait conçus naturellement avec son mari, qui en est incontestablement le père.

Qu'est-ce que c'était que cette histoire ?
Kruskall et son équipe ont mis deux ans à résoudre cette énigme. Ils ont fini par découvrir que Jane était une chimère, un mélange de deux individus - deux fausses jumelles [hétérozygotes] qui avaient fusionné dans l'utérus pour devenir un seul organisme. Certaines parties de son corps provenaient du premier, les autres du second. Deux de ses fils ont hérité de l'un de ces profils génétiques, le troisième de l'autre.

Avec Jane, on a certes affaire à un cas extrême. Mais, à en croire certaines
études, nous serions tous plus ou moins des êtres chimériques. Loin d'être composés d'une seule lignée cellulaire génétique, nos organismes sont cellulairement bâtards. Nous regorgeons de cellules venant de nos mères, voire de nos grands-parents et de nos frères et soeurs. Cela peut paraître un peu choquant a priori. L'idée d'héberger des cellules d'autrui ne fait pas bon ménage avec notre sens de l'individualité.

Mais ces "étrangers" nous permettent peut-être de rester en bonne santé. Pendant la grossesse, le sang de la mère et celui du fotus sont séparés, mais certaines cellules parviennent à franchir la barrière placentaire, ce qui veut dire que l'on peut avoir emprunté des cellules à sa mère et inversement. En fait, entre 80 et 90 % des mères ont des cellules ou de l'ADN de leur enfant dans le sang pendant la grossesse, et 50 % d'entre elles les gardent pendant plusieurs décennies après l'accouchement. C'est ce qu'on appelle le microchimérisme.

Si votre mère a eu un enfant après vous, certaines de vos cellules peuvent
être passées dans l'organisme de votre frère cadet. Et les jumeaux peuvent
s'échanger des cellules dans le ventre de la mère, en particulier s'ils se
partagent le placenta. Ainsi, une seule personne peut abriter toute une population de cellules différentes appartenant à plusieurs générations.
"Les femmes hébergent des cellules à la fois de leur mère et de leurs enfants",
commente J. Lee Nelson, immunologiste au Fred Hutchinson Cancer Research Center, à Seattle.

Dans une étude à paraître dans la revue Arthritis & Rheurnatism , Lee
Nelson et sa collaboratrice Natalie Lambert expliquent qu'en analysant
des échantillons sanguins prélevés sur 32 femmes saines elles ont découvert
que 22 % d'entre elles portaient des globules blancs de leur mère - environ
50 pour 1 million de cellules sanguines.

Et cela vaudrait également pour les hommes. Cette découverte suscite bien des
interrogations. Comment se fait il que ces envahisseurs cellulaires ne soient pas éliminés par le système immunitaire ? Ces cellules se divisent-elles à l'intérieur de l'hôte ? Et pourquoi la mère et l'enfant échangent-ils des cellules ?
En ce qui concerne le passage des cellules foetales dans le corps de la mère, il n'est pas impossible que ces cellules encouragent le système immunitaire de la mère à tolérer le foetus. Après tout, la grossesse équivaut à héberger un organe transplanté pendant neuf mois, et les chercheurs en matière de greffe savent depuis un certain temps que le microchimérisme causé par les lymphocytes de la greffe, lorsqu'ils se mélangent avec ceux de l'hôte, peut encourager celui-ci, dans certains cas, à accepter la transplantation.

"En revanche, on ne sait pas à quoi servent [les cellules foetales] à long
terme", reconnaît Lee Nelson. Pour ce qui est du passage des cellules
maternelles au foetus, il semblerait qu'elles jouent un rôle majeur dans la santé de l'enfant qui va naître.

Au dire de Lee Nelson, les cellules de la mère pourraient contribuer à la
réparation des tissus, en particulier pendant la vie intra-utérine. Des types
inconnus de cellules maternelles traverseraient le placenta pour s'intégrer
à l'organisme du foetus. Le microchimérisme pourrait obliger les immunologistes à récrire leurs manuels.

Claire Answorth
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