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Fri 24/10/2003
(Source : www.cyberpresse.ca)

De l'art dans l'espace

Aller passer ses vacances dans l'espace? Bof. Que faire de toutes ces journées à graviter autour de la planète? La Tate Gallery de Londres a peut-être trouvé de quoi meubler une partie du séjour des touristes interstellaires de demain: un musée orbital situé à quelques kilomètres de la planète bleue.L'idée a germé en janvier 2002. Sans trop y croire, l'artiste britannique Susan Collins lance l'ébauche du projet aux conservateurs de la Tate Gallery. L'enthousiasme est immédiat. Le musée propose alors à trois cabinets d'architectes de plancher sur des concepts.

Séduits par l'initiative, ETALAB (Extra-Terrestrial Architecture Laboratory), Sarah Wigglesworth Architects et Softroom élaborent des plans fort différents.

Le premier imagine une structure flexible dotée d'une galerie que les touristes pourraient visiter en état d'apesanteur et des hublots télescopiques permettant de voir les planètes éloignées.

Le deuxième penche plutôt pour un satellite angulaire visant à présenter les oeuvres de la galerie Tate sous un autre jour.

Le troisième évoque un petit «paradis extraterrestre», soit une île spatiale de pièces détachées.

Un concours lancé auprès des étudiants couronne par ailleurs Tate in 24, réalisé par StudioCousins, de Londres, qui propose de séparer la galerie en 24 segments représentant les 24 heures du cycle orbital.

«Afin de remplir sa mission d'étendre l'accessibilité à l'art moderne et contemporain britannique et international, les administrateurs de Tate ont étudié de nouvelles dimensions de travail pendant un certain temps, explique Sandy Naime, directrice des programmes, sur la page d'accueil de Tate in Space. Il a ainsi été déterminé que le prochain site de Tate devrait être dans l'espace. À ce stade, un certain nombre d'aspects pratiques du projet sont en période d'essai et un programme de pré-ouverture a été mis de l'avant.»

Depuis le 6 juin 2002, Tate possède son propre satellite. L'objectif: recueillir le plus d'information possible et développer des outils adéquats pour la mise en chantier du projet.

Muni d'une webcam, ce satellite permet au grand public de suivre sa trajectoire à environ 400 kilomètres de la surface terrestre en temps réel, sur le site Web de la galerie. Il est aussi possible de l'apercevoir de la Terre.

Chercheur, architecte et enseignant au département de design de l'UQAM, Nicolas Reeves, qui a aussi étudié la physique et l'astronomie, trouve le projet Tate in Space fort intéressant.

«Ma première réaction en prenant connaissance de ce projet a été humaniste, dit-il. C'est en continuité de l'évolution humaine. Qu'est-ce qui va se passer si la Terre disparaît? C'est une capsule temporelle en même temps. Il faudrait d'ailleurs la munir de petites fusées pour qu'elle puisse partir si la Terre explose...»

«Je trouve que le fait que l'art soit le sujet est intéressant, poursuit-il, mais le projet en lui-même l'est. J'aime l'idée d'aller porter un morceau de culture humaine au-dessus de la planète.»

Il anticipe toutefois les commentaires négatifs. «Des gens vont dire que c'est du gaspillage de fric, croit ce diplômé du Massachussetts Institute of Technology, mais nous pouvons mettre cela en parallèle avec les satellites militaires, dont nous entendons moins parler.»

L'idée de réaliser des projets artistiques dans l'espace n'est pas nouvelle. Déjà en 1969, The Moon Museum, une petite tuile de céramique avec des dessins d'artistes comme Robert Rauschenberg et Andy Warhol a été envoyée en orbite à bord d'Apollo 12.

Ce n'est cependant qu'en 1984 qu'une première oeuvre conçue expressément pour être envoyée en l'air s'est retrouvée entre ciel et Terre. La sculpture expérimentale S.P.A.C.E a été mise au point par l'artiste américain Joseph McShane.

En 1993, c'était au tour de la création d'Arthur Woods, The Cosmic Dancer, de prendre son envol. Conçue pour l'étude de l'art en état d'apesanteur et des avantages de l'intégration d'oeuvres artistiques dans le milieu de vie et de travail des astronautes, la sculpture a trouvé refuge à bord de la station Mir le 22 mai. Elle a été détruite en même temps que la station orbitale.

Des initiatives toutes plus folles les unes que les autres ont surgi de l'imagination des visionnaires au cours des dernières décennies. En 1989, le projet «Anneau de lumière», composé de satellites lumineux, visait à commémorer le bicentenaire de la Révolution française et le centenaire de la tour Eiffel. Un concours avait préalablement permis l'élaboration de plusieurs projets d'envergure. Les observations astronomiques étant de plus en plus difficiles- notamment à cause de la lumière diffusée par les satellites- le concept est mort dans l'oeuf.

«Cela avait un côté ethnocentrique assez terrifiant, dit Nicolas Reeves à propos de l'aventure connue sous le nom de Tour Eiffel dans l'espace (...) Par contre, il y avait deux projets magnifiques. L'un était d'envoyer un immense miroir fait d'une membrane réfléchissante qui aurait permis de refléter la Terre. L'autre, une idée des élèves d'un lycée, était d'envoyer une bibliothèque dans laquelle nous aurions rassemblé la connaissance, que l'on aurait pu allumer et éteindre.»

La France a remis ça avec L'Étoile de la tolérance. Ce projet visait à placer deux énormes ballons captifs aussi lumineux que Vénus à son maximum, afin de commémorer le cinquantenaire de l'UNESCO, en 1999. «Il s'agissait en réalité d'une entreprise de publicité dans l'espace piètrement dissimulée, explique un document du Comité des utilisations pacifiques de l'espace extra-atmosphérique des Nations unies. Ces deux projets (NDLR: celui-ci et Anneau de lumière) ont en fin de compte été abandonnés face à la vigoureuse opposition internationale à laquelle ils se sont heurtés.»

Art Outsiders

L'espace fascine toujours autant les artistes. Le festival français Art Outsiders consacre actuellement sa quatrième présentation à l'art spatial. Jusqu'au 9 novembre, des artistes présentent leurs projets respectifs à la Maison européenne de la photographie. La chorégraphe et danseuse Kitsou Dubois partage, par exemple, le résultat de ses 14 vols en apesanteur dans un document vidéo. Mme Dubois est l'une des pionnières de ce type d'exploration, possible dans un avion aménagé adéquatement qui décrit une série de courbes en cloche avec un angle de 45°.

Tate in Space participe également à ce festival. Un diaporama numérique concocté par Susan Collins met le projet en relief. L'artiste britannique avoue être encore étonnée par l'engouement suscité par son idée saugrenue. «Je n'avais pas forcément pour intention d'arriver à une concrétisation, a-t-elle déclaré au magazine américain Discover. Je crois que l'idée est plus belle que ce que serait sa réalisation éventuelle.»

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> Tate in Space : www.tate.org.uk/space
> Art Outsiders : www.art-outsiders.com
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